L’équité des politiques salariales au cœur du partage de la valeur ajoutée
Retrouvez l'édito de Gaby Bonnand, secrétaire national, paru dans le numéro 3218 de Syndicalisme Hebdo.Le directeur de l’Insee, Jean-Philippe Cotis, vient de remettre au président de la République son rapport sur le partage de la valeur ajoutée. Que dit ce rapport ? Que les inégalités des revenus du travail se sont dégradées du fait du développement du travail précaire au bas de l’échelle et d’une envolée des très hautes rémunérations. Que la part variable des revenus des salariés, assise sur les performances économiques et financières (13% de la rémunération globale en moyenne) augmente. Que la part des dividendes a grimpé au point de grever la capacité d’autofinancement des entreprises…
Une évidence ressort de ces conclusions : c’est bien le partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits qui est en jeu. Autrement dit, pour la CFDT, la vraie question est celle d’une plus grande équité dans les politiques salariales. Pas celle d’un partage en trois tiers (salariés, actionnaire, investissement). Ce découpage proposé par Nicolas Sarkozy reviendrait à indexer les revenus des salariés sur la performance économique et financière des entreprises, donc à transférer des risques supplémentaires sur les salariés. De plus sur une longue période, il est constaté que cette partie de la rémunération se substitue à la partie salaire.
Nous souhaitons donc que la question de la gouvernance d’entreprise soit mise sur la table. C’est à dire, qu’il soit discuté d’une meilleure intégration des intérêts des salariés aux décisions stratégiques des entreprises. C’est à notre avis l’un des moyens des plus efficaces pour éviter les déconvenues de la financiarisation excessive des entreprises et parvenir à un meilleur partage de la richesse créée.
Nous souhaitons surtout, dans le même temps, relancer la négociation salariale de branches, dans les entreprises et groupements d’entreprises sans oublier les salariés de la sous-traitance. Ces négociations pour une augmentation des salaires doivent aussi clairement inclure les questions de formation, de qualification…Elles doivent avoir pour objet de cadrer la part variable de la rémunération liée au résultat de l’entreprise. Et en temps de crise chacun peut en voir l’intérêt…
S’il est un autre enseignement que l’on peut tirer de ce rapport, c’est bien la nécessité de rétablir de la cohésion sociale et de la solidarité, que de fortes inégalités menacent. Le gouvernement dispose pour cela d’instruments. Par la fiscalité, il doit rétablir de la progressivité dans l’impôt sur le revenu par la création d’autres tranches d’imposition et abroger le bouclier fiscal. Il peut aussi revaloriser le Smic au 1er juillet et surtout intervenir sur une kyrielle d’aides aux entreprises, qu’il peut conditionner à des engagements en termes d’augmentation de salaires plus équitable, d’élévation des qualifications et des classifications.